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Blog littéraire : A la découverte de mes écrits et mes coups de cœur ou de gueule.

Une chambre à soi Virginia Woolf

Magnifique diatribe pour remettre quelques idées en place

Magnifique diatribe pour remettre quelques idées en place

Incipit : "Je sais, vous m'avez demandé de parler des femmes et du roman. Quel rapport, allez-vous me dire, existe-t-il entre ce sujet et "une chambre à soi" ? Je vais tenter de vous l'indiquer.

page 8 " Il est indispensable qu'une femme possède quelque argent et une chambre à soi si elle veut écrire une œuvre de fiction".

Et de s'interroger sur le fait qu'aucune femme, pendant des siècles d'humanité et de littérature, n'ait laissé d'œuvre littéraire.

Un "incident" va lui permettre d'illustrer une des raisons de cet état des choses.

page 13 : "...me voilà bel et bien devant la porte qui mène à la bibliothèque. J'ai dû la pousser, cette porte, car à l'instant même surgit, tel un ange gardien qui me barrerait le chemin en agitant sa robe noire au lieu d'ailes blanches, un monsieur à l'air aimable et un peu désinvolte, aux cheveux d'argent. Tout en me faisant signe de reculer, il exprime à voix basse son regret que les dames ne soient admises à la bibliothèque qu'accompagnées d'un professeur de l'université, ou pourvues d'une lettre de recommandation".

Une chambre à soi  Virginia Woolf

Le cheminement des pensées de la narratrice la conduisent à comparer la vie et l'éducation des femmes à celles des hommes. Pas de possibilités d'études, pas de temps pour la création.

page 32 : "Qu'avaient donc fait nos mères pour ne pouvoir nous laisser le moindre bien ? Elles se poudraient le nez ? Regardaient les devantures des magasins ? Se pavanaient au soleil de Monte-Carlo ?"

Une chambre à soi  Virginia Woolf

Si leurs mères et grand-mères, au lieu de donner treize enfants à un respectable mari, s'étaient lancées dans les affaires et, tout en finançant des universités pour femmes, avaient légué suffisamment d'argent à leurs filles...

page 33  "...nous aurions pu explorer ou écrire ; flâner à travers les lieux les plus vénérables de cette terre ; rester en contemplation, assises sur les marches du Parthénon, ou nous rendre à dix heures au bureau, puis rentrer tranquillement chez nous à quatre heures et demie pour écrire un petit poème".

Une chambre à soi  Virginia Woolf

La narratrice poursuit inexorablement sa réflexion et pointe la place subalterne que les hommes ont réservée aux femmes. Ainsi sur le plan financier

page 35 : "Ce n'est que depuis quarante-huit ans que Mrs Seton possède un sou qui soit à elle. Il y a quarante-huit ans, cet argent aurait été la propriété de son mari..."

La narratrice s'amuse dans ses recherches bibliothécaires :

page 41 : "Avez-vous quelque idée du nombre de livres consacrés aux femmes dans le courant d'une année ? Avez-vous quelque idée du nombre de ces livres qui sont écrits par des hommes ? Savez-vous que vous êtes peut-être de tous les animaux de la création celui dont on discute le plus ?"

Une chambre à soi  Virginia Woolf

Alors qu'il n'est pas de livres consacrés aux hommes écrits par une femme, les hommes se posent toute sorte de questions à propos des femmes..., des plus saugrenues parfois :  ont-elles une âme, ont-elles un caractère, sont-elles capables de s'instruire ? Un titre pour exemple :

page 47 : "L'Infériorité intellectuelle, morale et physique du sexe féminin du Pr von X"

page 52 : "Peut-être, lorsque le professeur insiste d'une façon par trop accentuée sur l'infériorité des femmes, s'agit-il non de leur infériorité à elles, mais de sa propre supériorité. C'est cette supériorité qu'il protège avec tant de fougue et d'énergie parce qu'elle lui semble un joyau d'une exceptionnelle valeur."

Démystifiant cette prétendue supériorité, elle explique que depuis qu'un petit héritage d'une tante lui permet de vivre dans s'inquiéter du lendemain elle a réalisé l'importance de la liberté de la gestion de son temps.

Elle se penche sur les conditions de vie des rares femmes qui ont pu jalonner l'histoire de la littérature : Sappho, les sœurs Brontë, Jane Austen, George Sand etc. Elle imagine l'existence de la sœur qu'aurait pu avoir Shakespeare, aussi douée que lui...

Une chambre à soi  Virginia Woolf

page 74 : "Mais ce qui me semble vrai, quand je pense à l'histoire de la sœur de Shakespeare, telle que je vous l'ai contée, c'est que n'importe quelle femme, née au XVIe siècle et magnifiquement douée, serait devenue folle, se serait tuée ou aurait terminé ses jours dans quelque chaumière éloignée de tout village, mi-sorcière, mi-magicienne, objet de crainte et de dérision".

Une femme qui se pique d'écrire ne rencontre pendant des siècles de domination masculine qu'incompréhension, pire réprobation et moquerie. Et si, peu à peu, on laisse une place aux femmes romancières, force est de constater que la position de femme peintre ou compositeur est inexistante.

page 82: "Monsieur, une femme qui compose est semblable à un chien qui marche sur ses pattes de derrière. Ce qu'il fait n'est pas bien fait, mais vous êtes surpris de le voir faire."

Une chambre à soi  Virginia Woolf

Bref ! Virginia Woolf dresse le procès impitoyable d'une société qui a assigné aux  femmes un rôle subalterne, leur déniant tout accès à la culture et à la production littéraire ou artistique. Sans compter que les femmes elles-mêmes ne sont pas toujours tendres envers les représentantes de leur propre sexe...

Une chambre à soi  Virginia Woolf

Mais elle le fait avec un style qui lui est propre, mêlant digressions, fausse naïveté et humour. Style qui demande à s'y accoutumer, mais délicieusement corrosif.

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